S'il fallait tout recommencer avec l'expérience qu'on a acquise, il y a beaucoup de choses que je ferai différemment. Un second tour, une nouvelle partie comme dans un jeu vidéo pour faire mieux, die and retry, mais ça ne marche pas comme ça. Un seul tour pour faire au mieux, comme on peut. Cela peut paraître anodin face à la masse de mes regrets, mais vous ne pouvez pas imaginer comme je regrette le temps perdu avec des gens qui n'en valaient pas la peine. Le terme est un peu lourd, il pourrait paraître méprisant, mais c'est mon ressenti.
C'est bientôt la rentrée scolaire et ce qui m'écœure certainement le plus, bien plus que de reprendre le travail, c'est la posture de mes collègues. On a l'impression qu'on s'est manqué, qu'on a des tas de choses à se dire, que nous sommes amis alors que pourtant nous n'en avons absolument rien à foutre de manière purement objective. C'est une injonction supplémentaire de la société, faire semblant de s'intéresser. Moi, personnellement, la seule chose qui m'intéresse, c'est de parler boulot, et d'ailleurs au risque de paraître impoli, je ne demande rien, si ce n'est des informations quant au travail à venir. Car en fin de compte si j'avais vraiment voulu des nouvelles, si j'avais réellement un intérêt pour leur vie, est-ce que j'aurais laissé un blanc de deux mois, un silence radio ? Non, eux non plus, mais il paraîtrait que cette logique soit bancale dans notre monde dans lequel seules les apparences comptent.
Je n'ai eu de contact qu'avec des gens par WhatsApp, par téléphone ou en face à face. Les gens que je voulais voir physiquement étaient au mariage de ma fille, ou ils ne pouvaient pas l'être, mais j'ai eu des nouvelles de façon régulière. Mon téléphone est plein de numéro de mes collègues, je n'ai pas écrit, pas appelé, car ils ne sont pas des amis pour moi.
On se rend compte que les réseaux sociaux, sont quand même une plaie de l'esprit. Je crois que c'est le premier été que je passe depuis une éternité sans réseaux, je ne compte pas Mastodon qui tient plus du flux RSS que du réseau social. Je regrette par exemple d'avoir perdu du temps sur les réseaux avec mes anciens élèves. Si effectivement, on a la satisfaction d'avoir des nouvelles de temps en temps, de savoir qu'ils ont réussi à s'intégrer dans la société, qu'on a contribué à poser notre petite pierre à l'édifice de leur humanité, est-ce que nous sommes amis pour autant ? Non.
À quoi bon suivre la vie des gens de loin ? À rien. Un ami, on partage, on s'appelle, on mange ensemble, on connaît ses peines et ses joies, on ne s'informe pas d'un coin d'écran en même temps que la publicité, les actus, ou le dernier produit à la mode.
Le gouvernement est bien trop laxiste, les réseaux, c'est pire que Matrix, en sortir c'est prendre la bonne pilule et personne ne nous aide à le faire. C'est un choix personnel issu d'expériences qu'il faut vivre pour se rendre compte que c'est de la merde. Le mieux c'est un peu comme la cigarette, ne jamais commencer.