Il n'y a pas si longtemps, quand on avait fini la dernière épreuve, il y avait des élèves qui venaient dire merci. Une poignée de main, une bise, comme quand on vient de finir la partie avec l'adversaire et on le salue. J'ai eu parfois des larmes, des mots sympas. Cette année, j'ai reçu un T-shirt de deux élèves, quelques mots, mais c'est faible. Comprenez qu'on ne court pas dans ce métier après la reconnaissance ou les attentions, sinon on ne fait pas prof. Néanmoins, c'est l'illustration de ce que devient l'école, à fortiori une école privée. Quand je lis chez les gens très engagés, chez les gauchistes, les confusions faciles entre école privée et argent, que je vois la masse de boursier et la misère chez mes élèves, je sais que tout ne se résume pas qu'à l'argent. Pourtant cette année, chez certains parents, chez certains élèves, on nous a fait remarquer "qu'on paye". On paye alors tout devient possible, tout devient normal. L'aide que j'ai pu apporter cette année aux élèves, comme les autres années, n'a pas de prix. Comme j'aime souvent à le rappeler, je sauve des vies.
Je dois reconnaître aussi que je suis parti sans demander mon reste, j'aurais pu traîner dans la cour de récré, mais avec certains comportements particulièrement puants cette année, c'est une des rares fois où je suis content de voir des enfants partir. L'âge n'aide pas non plus.