Il y a des moments dans la vie que tu sens passer plus que d'autres. J'ai du mal à me remettre des vacances de Noël, comme toutes les vacances de Noël. Du monde, trop de nourriture, trop de table. C'était donc une rentrée fatigué, et j'attendais avec impatience de finir cette semaine. Il se trouve que pour rajouter de la fatigue à la fatigue, c'est la semaine des conseils de classe. Des journées qui commencent tôt et qui finissent tard. Pour rajouter à une situation plutôt pénible, les inondations dans l'Aude c'est une des nombreuses cerises sur le gâteau. Partir à 6h du matin pour rentrer à 20h, faire 2h30 de route par jour, on croirait un parisien. Le corps encaisse.
Jeudi, j'ai l'autorisation de rentrer après mon dernier cours pour faire mes deux derniers conseils de classe en visio conférence. On sent qu'on approche de la fin du phénomène climatique, j'approche du weekend et des deux semaines de stage de mes élèves. Deux semaines de repos où je vais être seul le gros du temps et j'ai réellement besoin au moment où j'écris ces lignes de me retrouver seul. Seulement, je profite de ce moment de répit avant d'attaquer ma visio pour faire un tour au cimetière car je sais qu'il va y avoir un problème. La dernière fois que j'étais allé au cimetière j'étais tombé sur une de mes voisines, la tombe de ses parents. Avec son frère ils ont fait le même choix que nous, pas de caveau, des graviers blancs pour couvrir la tombe. Elle m'expliquait que sa mère ne voulait pas rester enfermée, j'ai souri. Pour nous, c'était une question de gaieté, le soleil sur le blanc c'est plus sympa qu'un marbre. Elle me montre donc un enfoncement de certaines tombes, ces fameuses tombes à gravier. Celle de mon fils n'avait pas bougé.
Seulement, avec les fortes pluies et avec un enterrement qui date d'il y a moins de deux ans, la terre n'était pas tassée, il faut dix ans environ. Le phénomène est assez similaire, on voit que ça creuse à l'endroit où le cercueil a été enterré. Le vendredi avant de pouvoir attaquer mon weekend, je fais un détour par l'entreprise de pompes funèbres du village. J'attends un devis. Discuter couleur de gravier pour une tombe, si vous trouvez un sens à la vie, je vous félicite.
Comme bien sûr les problèmes n'arrivent jamais seuls, je reçois un courrier de ma banque pour me signaler une nouvelle erreur sur l'avenant de changement d'assurance du crédit. Cela fait six fois que je refais ce document, avec à l'origine une erreur de la banque. C'est assez formidable. La banque a une application de signature électronique qui plante et c'est ici que la machine s'emballe. Alors que c'est la faute de la banque, on vous envoie un courrier pour vous dire qu'il manque une signature. On renvoie le papier et pour une raison qui vous échappe on vous dit que c'est l'autre signature, puis c'est la date. Je charge mon épouse dans la voiture et on finit chez le banquier. Après avoir menacé d'aller chez le médiateur, de l'avoir moisi, le pauvre jeune me voit dans la salle d'attente, je vois son visage changer de couleur. Il m'accueille, je lui mets le papier complété sous ses yeux et je lui dis de me mettre les dates. Il appelle le service, car il est malheureusement logé à la même enseigne que moi et finit par avoir une plateforme qui lui donne des dates que je n'aurais pas inventées. Le document partira lundi pour la septième fois.
Ce samedi matin à 7h, je pars chercher le vinyle chez mon ami pour le sol de l'étage, il avait un mois de retard. On arrive avec la remorque et pendant qu'on décharge, c'est le déluge, un déluge qui n'arrête pas et qui laisse supposer qu'on va tendre à nouveau vers des inondations. Ma fille a eu la riche idée de partir un weekend au ski à Font-Romeu qui part en alerte entre la neige en haut qui n'en finit pas et la pluie ici qui n'en finit plus.
Alors comment je tiens ? Je pense que je tiens parce que je suis taillé dans ce modèle qui lorsqu'il cassera ça sera pour de bon. Je tiens parce que j'applique la méthode des petits pas en résolvant chaque problème le plus rapidement possible dès qu'il arrive. À chaque fois qu'un problème de plus arrive, je me dis qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que j'explose mais curieusement ça continue de cumuler et ça passe. Pourvu que ça dure. La solidité, pas les problèmes.