Non seulement on se tire une balle dans le pied parce qu'on a des gens brillants qui ne pourront pas faire d'étude, mais en plus on va creuser des inégalités sociales et de territoire. Je suis en région parisienne ou dans une grande ville, je vis chez mes parents j'ai accès à toutes les universités possibles, je suis à la campagne, mes parents n'ont pas d'argent, je vais pousser à BAC +2 si j'ai la chance d'avoir un BTS. L'ascenseur social est mort.
Jusqu'à cinq milliards d'économie par an pour une mesure qui ne fonctionne pas. J'ai envie de dire autant d'argent qu'on aurait pu investir dans l'éducation afin d'assurer la mixité sociale. Ce que j'écris est faux, car on sait bien que l'école dépend du quartier, de la ville ou parfois de l'argent des parents pour une grosse école privée. Mais derrière le SNU, il y avait le rêve de la mixité sociale du service militaire où le fils d'ouvrier côtoyait le fils du patron. Sauf que le modèle n'est plus applicable avec la jeunesse d'aujourd'hui qui préfère fuir l'école pour guetter à 300€ la journée. Il faut faire l'éducation où on peut la faire et c'est déjà trop tard pour le SNU, c'est à l'école.
J'ai des collègues qui sont payés une misère pour gérer trois gosses en même temps dont des TDAH++ non traités. Pas de formation bien sûr, et une paye de misère pour des gens qui sont super et le cœur sur la main. AESH ou AVS c'est plus qu'un métier, c'est une mission indispensable au fonctionnement de notre école de plus en plus inclusive avec des élèves aux pathologies parfois très lourdes.
La parentalité paresseuse, ça prête à sourire. Si on suit les conseils de l'article, il faut assumer tout de même de voir partir son enfant dans le mur. Si l'on prend par exemple le fait de les laisser s'ennuyer, c'est oublier qu'ils vont en profiter pour s'abrutir sur le téléphone portable. Ne pas prendre leur rendez-vous c'est assumer le fait qu'ils ne les prendront pas. Concrètement, si je rejoins le principe, à savoir qu'il faut laisser nos jeunes un peu se débrouiller, jusqu'où faut-il laisser les enfants échouer pour réagir. Car et c'est ici la force de nos jeunes, un je-m'en-foutisme sans limite où rien n'a d'importance si ce n'est le moment présent.
Il y a tout de même quelque chose que j'ai du mal à comprendre du côté des syndicats. En fait, on a l'impression que tout n'est qu'une question d'élèves par classe. Pour ma part, le problème n'est pas forcément d'avoir 15 ou 35 élèves mais c'est qui j'ai en face. Ici un TDAH qui n'est pas traité, là un multidys pour qui il faut refaire l'intégralité, des PAP à respecter pour cinq autres et j'en passe. L'hétérogénéité du public avec une inclusion qu'on veut toujours plus forte est une réelle difficulté, une usure pour une différentiation toujours plus importante. On n'évoque jamais le niveau des diplômes, le travail fournit par nos élèves, l'exigence.
Il est certain que commencer par une bonne dose de populisme en prêtant attention à des TikTokeurs plutôt que d'écouter les professionnels de l'éducation qui râlent depuis des années, c'est une grande entrée dans la cour des ministres de l'Éducation. Le témoignage de la jeune fille qui explique "Je me réveille à 5 heures du matin et je rentre chez moi, il est 21 heures, on n'en peut plus" devrait directement être transféré au ministre des Transports : ça s'appelle la campagne française. Et encore, la campagne c'est relatif, parce que Narbonne ou Béziers n'est pas vraiment la campagne.
L'article positif qui fait croire qu'on va continuer à apprendre des langues et que l'IA est une opportunité. Avec des enfants qui ne maîtrisent pas leur langue maternelle, il ne faudrait pas trop croire au père Noël non plus.
La position de ministre de l'Éducation nationale est devenue peut-être plus difficile que celle de ministère de l'Intérieur. Car finalement, depuis Nicolas Sarkozy, on sait que le ministre de l'Intérieur, c'est le bad boy, celui qui a le mauvais rôle. Depuis Blanquer, la colère du monde enseignant face à son ministre de tutelle est tellement palpable, que les journalistes se font un malin plaisir d'allumer la poudrière. C'est un peu comme faire un article sur Linux, vous savez que ça va faire réagir. Tiendra-t-elle jusqu'en 2027 ?
Face à la concurrence de Numworks, peut-être le réveil de Casio avec l'émulateur en ligne. Casio jusqu'à maintenant, TI pas mieux, c'était la véritable catastrophe, à fortiori pour les Linuxiens. Une licence à renouveler chaque année, une version exclusive Windows, bienvenue dans les années 90. J'ai réussi à m'enregistrer et déclarer un profil enseignant. Alors est-ce que c'est gratuit, est-ce que ça va le rester, est-ce que ça va être compliqué à un moment ou un autre ? Malheureusement avec Casio, j'ai tendance à penser que c'est pour l'instant trop beau pour être vrai. Au moment où j'écris ces lignes, cela me permet quand même de faire mes écrans de cours pour le nouveau modèle, qui, malheureusement, est une régression par rapport à l'ancienne vendue à 129 € sur Amazon.
Vous comprenez que si je pouvais me trouver mauvaise langue, la spéculation réalisée sur le modèle précédent sur tous les sites de vente et d'occasion me laisse à penser que la nouvelle a quand même un sacré problème.

Les enquêtes se suivent et se ressemblent. Des professionnels qui en très grande majorité aiment leur métier, mais qu'on finit par écœurer.
Stand by pour le DNB. Encore heureux, j'ai envie de dire, avec une année scolaire qui vient de commencer.
Le recrutement de contractuels est inévitable mais c'est un problème de fond. Si on est bien d'accord qu'il est inutile d'avoir un master pour enseigner à des élèves de collège, l'enseignement reste un métier. Les gens ont du mal à le comprendre et en fin de compte confortent l'idée de garderie de l'éducation. L'important n'est pas d'avoir des profs compétents mais d'avoir des gens en face de leur enfant afin d'éviter les heures de trou. Et pourtant, à y réfléchir, accepteriez-vous de vous faire opérer du cœur par quelqu'un qui débute dans le métier, sans aucune formation. Confieriez-vous votre voiture à quelqu'un qui se prétend garagiste. Bien sûr que non. Pourtant on confie l'enseignement au premier venu.
Tant qu'on n'aura pas une véritable attractivité pour la profession, le recrutement des enseignants ne progressera pas. Et si certains pensent qu'il s'agit de tout ramener à l'argent, ils ont tort. De la confiance, du respect, du soutien de la hiérarchie, en finir avec les réformes qui arrivent sans cesse, la paperasse, l'inutile. La revalorisation du métier ne tient pas qu'à une histoire d'argent, le malaise est bien plus profond que cela.
En 2004, Kool Shen rappait "Il faut qu'il y en ait qui crèvent de faim et d'autres d'obésité". Comme on peut le voir, on est en toujours là. La conclusion de l'article rappelle que nous sommes de plus en plus gros.
Les chefs d'établissement partagent nos difficultés et sont soumis, eux aussi, au grand délirium que nous subissons. Il est question de temps dans l'article, en rappelant que le temps de l'école n'est pas le même qu'ailleurs. Comprenez que changer de programme et réformer chaque matin, prendre des décisions et leur contraire dans la même semaine n'est pas adapté pour des mesures qui ne peuvent se prendre que dans la durée. Et de savoir si dans la durée ça a fonctionné.
L'exemple type, c'est la réforme du DNB qui est pour l'instant gelée, mais dans les tuyaux. Le bon sens voudrait que le nouveau ministre gèle ou supprime cette réforme voulue par Attal durant son passage éclair au ministre de l'Éducation nationale. Rien n'est moins sûr et on pourrait avoir un changement des règles dans le courant de l'année. Ce ne serait pas la première fois.
Pas besoin d'attendre 2030 pour avoir déjà des températures extrêmes. Les établissements français sont vieux, il faudrait tout raser et tout refaire. Malheureusement, nous n'avons pas les moyens, et il faudrait étendre ça à toutes les vieilles maisons devenues insalubres. Le problème de fond, c'est que nos jolis villages de France qui s'appuie sur le Moyen Âge n'avaient pas vraiment prévu le futur.
Dans notre établissement nous avons fait l'expérimentation l'année dernière de supprimer le téléphone portable pour nos collégiens durant une période scolaire. Nous allons cette fois-ci l'appliquer pour l'année complète. Au départ j'étais opposé car je trouve que changer les règles du jeu dans le courant de l'année scolaire ce n'est pas bon. Pour d'autres motifs aussi, l'organisation et principalement le paradoxe de l'ENT. Il est en effet difficile de faire venir les élèves sur l'ENT pour consulter le cahier de texte, les mails, et de l'autre les priver de téléphone. Je reste convaincu qu'ici on n'est pas dans la bonne démarche, celle de diabolisation du smartphone.
Pourtant, force est de constater qu'on voyait les élèves faire autre chose durant les intercours ou la pause méridienne. Je ne pense pas que ce soit la solution, car il y a certainement une éducation au numérique qu'on a ratée. Toutefois, la méthode est la seule qui garantisse que l'enfant fasse une véritable pause dans sa connexion.
Quelques statistiques sur le pacte enseignant. L'article oublie que la différence entre le privé et le public vient du fait que les enseignants du privé ont fait le choix d'être enfin payé pour le travail qu'ils font. En effet, pour travailler dans le privé, nous avons tous fait des remplacements de façon bénévole afin de ne pas laisser les élèves sans enseignant. Face finalement à un faible succès puisqu'il apparaît que le pacte ne concerne qu'une minorité des enseignants, on peut s'attendre à une suppression. En effet, en justifiant le peu de succès rencontré, on pourra justifier.
Cela va poser tout de même quelques problèmes. Le premier, c'est qu'on sait qu'il n'y aura pas de hausse de salaire, ce qui continuera d'entraîner la baisse d'attractivité d'un métier où l'on ne sent pas plus de considération malgré le manque d'enseignants. Cette année, nous avons une évaluation d'établissement, un travail supplémentaire qui ne sera pas rémunéré. Des diagnostics, du travail de plus, toujours plus, mais dans quel but ? Quel sens ? Enfin, et dans le cas particulier du privé, il sera difficile de faire un retour arrière. Si les briques disparaissent, fini les heures de remplacement gratuites. On a pris goût à ne plus être des travailleurs bénévoles.
Avec une population de plus en plus vieillissante, la plus jeune de l'équipe a 35 ans, fatiguée, les arrêts de travail se multiplient. Le remplacement devient de plus en plus nécessaire. Et pourtant, contrairement à la légende urbaine, les enseignants font partie des professions les moins absentes. La différence c'est que quand le prof n'est pas là, ça se voit.
Ça rigole pas en Suisse. Un exemple malheureusement qui serait à suivre en France, taper dans le portefeuille, la seule chose qui fonctionne.
Assez partagé sur ce film qui comme on peut l'imaginer raconte l'histoire d'un prof qui a des problèmes avec ses élèves. La fameuse phrase, pas de vagues, on la connait, il s'agit du positionnement qu'auraient les chefs d'établissement, la hiérarchie, quand on a un problème. Pourquoi partagé ? Le film est très bien joué, François Civil ne prend pas un rôle facile à porter puisqu'il interprète un professeur homosexuel accusé de harceler une jeune fille. On voit les erreurs que fait l'homme, et on sait qu'on en fait tous, dans ce métier dans lequel il ne s'agit pas seulement d'envoyer du savoir. Néanmoins, certaines situations me paraissent un peu trop tirées par les cheveux, même s'il s'agit d'une histoire inspirée de faits réels. Plus important que la crédibilité complète des situations, le message, je pense qui lui est particulièrement clair, quand ça dérape dans l'éducation c'est toujours du lourd.
Le propos soulevé par les adolescents, c'est qu'effectivement ce n'est pas qu'un problème d'adolescent, mais qui concerne tout le monde. Nous sommes donc face à un problème de société contre lequel notre état ne s'engage pas.