Dans le précédent épisode, j'écrivais que globalement les problèmes s'arrangeaient. Forcément, ce fut de courte durée, mais comme dirait l'autre, le moral est bon. Lundi, alors que j'étais sur la route, le Némo s'allume comme un sapin de Noël, en m'invitant à me mettre sur le bas côté de la route et couper mon moteur. Je suis arrivé tant bien que mal au lycée et j'ai pris le temps d'aller enquêter sur la panne que j'ai finie par trouver. L'intégralité du sujet est passionnante pour celui qui vit la même chose : https://forum-auto.caradisiac.com/topic/364692-defaut-pression-dhuile-sur-fiat-punto-evo-13-multijets-2012/. Concrètement le mythe de la chaîne de distribution qui est immortelle eh bien, il apparaît que sur le moteur Fiat (c'est un moteur Fiat sur le Némo qui est de Citroen car Némo = Qubo (Fiat) = Bipper (Peugeot)) casse totalement le mythe comme il casse la chaîne. Et c'est ici que ça devient sport.
Pour des raisons techniques qui m'échappent, la chaîne se détend et elle finit par casser des patins en plastique qui finissent dans le carter d'huile. Si vous avez suivi les différents épisodes, mon garagiste qui m'avait délesté de 800€ pour changer l'alternateur et refaire une vidange intégrale, avait trouvé des bouts de plastique dans le carter. Moralité, la chaine finit par se désintégrer plus ou moins et c'est tout le kit qu'il faut changer, une opération qui va de 1500€ à 2000€.
Comme vous le savez, en pleins travaux, en train de faire des tours de passe passe entre deux maisons dont une à vendre, ce n'est surtout pas le moment de racheter une voiture. Le prix de l'occasion est devenu fou que j'ai voulu regarder la réparation et j'ai demandé à un second garage. Mon garagiste est un homme que j'apprécie, je suis client chez lui depuis 10 ans, néanmoins je fais le constat qu'il a l'air de plus en plus pressé, débordé et qu'il m'a posé un mauvais diagnostic. Effectivement, je peux comprendre que la démarche de Googliser c'est pas top niveau timing. On ne peut pas tout savoir et il n'a pas eu peut-être cette expérience face à la masse de moteurs et de pannes qu'il croise. Toutefois, pour moi, il y a faute. Je n'ai pas confiance, j'ai appelé un second garage qui m'a envoyé littéralement paître. Le garagiste explique que comme mon garage l'a pris en charge, il ne sait pas ce qu'il a fait (une vidange en l'occurrence), il ne touchera donc pas mon véhicule. Je peux tout à fait comprendre le propos, après, il y a l'art et la manière mais c'est une autre histoire. Dans la vie, il y a quelques signes et là je vois qu'il vaut mieux jeter l'éponge même si le véhicule n'a que 165000 km pour un diésel.
Le leasing dans le cas présent une LOA est certainement la plus mauvaise des options. C'est une escroquerie en termes de calcul. Même si je dois vous reconnaître que je finis par douter un peu. En étant propriétaire de véhicules, ceux qui se souviennent du Partner se rappelleront des problèmes rencontrés, la fin du Némo est plutôt sympa aussi puisque la chaîne peut casser et serrer le moteur a plus ou moins n'importe quel moment. Depuis lundi, je n'ai pas eu l'anomalie sur la voiture, mais je sais qu'elle est là. N'ayant donc pas les moyens d'acheter un véhicule neuf parce que c'est un engagement et que finalement en ce moment, je ne veux pas être propriétaire des véhicules et des problèmes qui vont avec, on est parti sur une LOA. Le prochain véhicule sera donc une Clio V qui marche au GPL et à l'essence. Si vous apprenez qu'un véhicule a explosé dans le sud de la France, vous saurez d'où ça vient.
Bien sûr, pour mourir d'une explosion dans un véhicule GPL, il faut arriver à le conduire, la livraison du nouveau véhicule est prévue pour le 10 avril, il faut donc que le Némo ne rejoigne pas le fond du grand bleu d'ici là, sur l'autoroute par exemple.
Il ne faudrait pas que la voiture de ma femme lâche ou un gros pépin supplémentaire, une voiture, c'est déjà pas mal quand même. 1500 km environ à tenir, y a plus qu'à ...
Dans le dernier épisode, j'expliquais que je vivais une période assez compliquée. Il semblerait que les choses se tassent, même si la vie m'a appris que ça ne s'arrête jamais vraiment. Le soleil est revenu, la situation devient tout de suite plus acceptable. Je ne sais pas comment font les gens pour vivre dans le nord ou en Bretagne. C'est certainement pour cela qu'on a un flux migratoire très positif, comme disait le grand Charles, la misère est plus belle au soleil. Les vacances sont arrivées, le soleil, le fait de ne plus prendre la voiture dans des conditions de l'extrême font baisser la tension.
J'ai réglé le problème de la tombe. Je pense avoir eu raison de fonctionner à la confiance, les jeunes qui s'en sont chargés ont fait un bon travail, respectueux. L'un des gamins qui s'en est occupé devait avoir l'âge de mon fils au moment du décès, 21 ans. La mort, c'est con quoi qu'il arrive, mais certaines morts sont plus stupides que d'autres. Mourir au travail par exemple, c'est une mort absurde. Mon fils a coché les cases des statistiques qui disent que ce sont les jeunes qui meurent au boulot.
J'ai récupéré le Némo, une petite note à 800 €, mais il paraîtrait que ce n'est pas la pompe à huile. L'intégralité de la vidange a été refaite, mon garagiste a trouvé des bouts de plastique dans la crépine sans savoir d'où ça pouvait venir. Avec le recul, je réalise que je n'ai pas fait les choses à moitié. En fait, le message du start and stop était combiné avec un problème moteur. Je n'avais pas compris que le Némo m'envoyait deux messages d'alerte différents. Pour l'instant tout va bien, mais je n'ai pas pris l'autoroute. À 800€ et en étant expert de la mort des voitures, ceux qui me lisent depuis des années se rappelleront du Partner qui crachait de l'huile par tous les trous, on peut s'interroger sur la réparation. J'ai donc commencé à regarder les voitures d'occasion. En 2020 j'ai acheté le Némo pour 7000 € à 60.000 km. En 2026 un Némo âgé de deux ans de plus et à 120.000 km coûte 9000 € dans un garage à côté de chez moi. Impossible de trouver un diesel à moins de 10k à 100 km à la ronde alors que j'englobe Montpellier. Quand je dis impossible, je cherche une voiture qui a moins de 60.000 km. Le prix des voitures d'occasion a totalement explosé, je sais qu'il faudra que j'augmente en gamme et je passerai certainement à l'essence. Je n'arrive plus aux 20.000 km de la rentabilité. La mort de mon fils aura laissé des traces, parmi elles le manque d'envie de bouger. En même temps avec la maison à faire, difficile de réellement partir.
J'expliquais plus haut que la vigilance était toujours de mise. Ce matin, je vois passer un prélèvement à venir de 111€ d'EDF qui ne correspond en rien à ma consommation. Pour la nouvelle maison en effet, on tourne entre 18 et 21 € de consommation, l'abonnement en fait. Je paye 50€ par mois et c'est cet échéancier qui a été modifié sans qu'on m'informe. J'appelle EDF pour essayer de comprendre l'origine du problème. La dame particulièrement désagréable m'explique qu'EDF calcule comme si la maison était occupée. Je lui dis que je suis quand même étonné de n'avoir aucune information sur un changement de plus de 60€. En fait l'agent n'aura jamais été capable de me dire que son IA c'est de la merde, la peur de l'enregistrement et des réprimandes de sa hiérarchie. J'ai fini par monter un peu le ton pour clôturer la conversation en lui disant que si elle me confirme que je n'ai pas de problème et qu'une IA qui voit cinq fois 20€ avec un paiement de 50€ anticipe un paiement de 111€, tout va bien.
La vigilance, quoi qu'il arrive toujours sur ses gardes.
Ce matin j'appelle mon garage, et je demande si la voiture est prête. Il y a un truc que je ne vous ai pas raconté sur le Némo. En fait le problème du start and stop, il n'y a pas eu que lui. Il se trouve que j'ai eu un micro message quelques fois juste la veille avant de ramener la voiture au garage, en gros "pression huile moteur insuffisante". Lorsque je donne la voiture, le patron me dit que ça peut être en lien avec la batterie mal chargée qui commence à faire débloquer l'électronique de façon générale.
Je ne tombe pas sur le patron, mais sur l'employé, un gars qui fait toujours la tête, mais qui est particulièrement efficace. Il me dit qu'il a effectivement constaté le message quand il a passé la voiture au diagnostic, que j'ai effectivement ce problème et qu'il n'a absolument aucun lien avec l'alternateur. L'idée, c'est de se dire que j'ai potentiellement changé l'alternateur pour rien mais que j'ai surtout un gros problème. Il me dit qu'avec la tempête et les inondations, il n'a pas eu le message, mais qu'il n'a pas fait rouler la voiture, seulement allumée. Ha ha ha. Je n'ai pas fait 200 mètres que le message s'allume et ça repart.
Il m'explique donc que dans les pannes possibles :
- La pompe à huile
- La sonde,
- Parfois le filtre à huile.
Il me disait que si c'était la pompe, je ne le sais pas encore au moment où j'écris ces lignes, mais j'ouvre les paris que c'est la pompe, on serait sur les bases d'un 1500€ sans compter l'alternateur dont je n'ai pas encore la facture. Mon Némo a 160.000 km, je regardais un peu les annonces je suis tombé sur un Némo à 120.000 plus vieux et côté à 8000€. Je suis dans une situation financière pour le moins délicate, des travaux lourds, une maison à vendre, ce n'est donc pas le moment d'acheter une voiture. Je comptais le faire après la vente de la maison. Les prix du marché de l'occasion ont complètement explosé, si bien que c'est financièrement plus intéressant dans cette période particulière dans laquelle je vis de faire la réparation.
Je suis parti donc avec la Citroen C3 de prêt, avec j'en suis quasiment persuadé un airbag Takata. Comme je l'écrivais dans le dernier message, rien ne s'arrange, tout est à faire en plusieurs fois et en fin de compte non seulement rien ne s'arrange mais ça empire. À mon niveau ce n'est plus de la résilience, c'est la rage qui me fait tenir.
Dire que c'est compliqué en ce moment est un euphémisme. Il ne vous aura certainement pas échappé qu'en ce moment, nous passons de l'alerte rouge inondation du siècle à l'alerte rouge tempête du siècle. Si je suis heureux de ne pas avoir de dégâts, force est de constater que c'est usant pour le moral. La pluie qui n'arrête jamais quand tu vis dans le sud de la France, tu te dis que tu n'as pas signé pour ça, sinon tu vivrais dans le nord ou la Bretagne. Les conséquences sur le quotidien sont plutôt pénibles. Il apparaît que dans mon secteur, on ne le sait pas, tout est tellement inondé que des routes sont fermées depuis maintenant un mois. Partir le matin, c'est donc l'aventure et parfois, c'est long. J'ai mis dans le courant de cette semaine environ deux heures trente de voiture quand d'habitude, c'est plutôt une heure trente.
Et puis c'est un ensemble, une accumulation qui conjuguée à la tempête n'aide en rien. J'ai un problème d'alternateur sur ma voiture qui a réussi à finalement tenir jusqu'à ce que mon garagiste ait une place. Je confie ma voiture pour la récupérer le jour même, mais son fournisseur se trompe de pièce. Il y a trois types d'alternateurs différents sur le Némo pas de chance, c'était le mauvais modèle. Donc récupération le lendemain, mais le lendemain, c'est la tempête, ainsi garage fermé. Au moment où j'écris j'ai une voiture de prêt mais je n'ai toujours pas récupéré ma voiture. C'est avec une voiture que je connais mal que je suis parti dans un croisement de déluge et d'inondations.
J'ai évoqué les réparations sur la tombe de mon fils, vous vous doutez bien qu'avec un temps pareil, c'est en stand by. En parallèle, AXA continue de m'envoyer du courrier à son nom pour expliquer qu'il a une épargne salariale. Cela fait quatre fois que je leur fais remarquer qu'il est mort. Au dernier courrier, j'ai incendié la fille que j'ai eu au standard et je suis passé par le service réclamation. C'est ça l'informatique en France, AXA, un géant, est incapable de clôturer le compte d'un mort depuis deux ans.
Tout est long, tout est difficile, rien ne fonctionne du premier coup, parfois pour des éléments justifiés comme une tempête un peu gênante, parfois par la faute à pas de chance, parfois par mauvaise volonté. On respire, on prend son mal en patience même quand on aimerait que ça aille plus vite et on mène le combat ordinaire pour essayer d'avancer un peu chaque jour.
Comme vous avez pu le lire dans le dernier épisode j'ai deux semaines de "repos" dans lequel j'expliquais que je bataillais pour un peu de terre et des graviers. J'ai profité de cette période pour régler une bonne partie des problèmes en cours plutôt que de me crever dans les travaux. Laissez-moi vous raconter la formidable histoire de la fibre optique. Il se trouve que la copropriété est la dernière en tout cas de cette taille à ne pas avoir la fibre. L'explication a été assez compliquée mais j'ai fini par comprendre. Pour comprendre, il faut savoir que le monsieur du syndic devrait être à la retraite depuis des années mais que ça arrange tout le monde qu'il continue. En effet, il a les tarifs les plus bas du marché. Alors forcément dans la copro ils sont tous ravis, sauf qu'ils ne réalisent pas que la contrepartie c'est de ne pas faire ce qu'il faut. Le monsieur a été malade, il ne répond pas au téléphone, il faut se déplacer pour le trouver ce que j'ai fait. On rajoutera en plus qu'avec une copropriété où les gens sont tous âgés et avec majoritairement des résidences secondaires, tout le monde s'en fout. Ils s'en foutront moins quand on leur coupera l'ADSL et qu'il faudra payer de notre poche la liaison.
Voici globalement la situation. Il y a un poteau qui est dans un état dégueulasse et qui doit être changé. Le problème c'est que le poteau s'imbrique plus ou moins dans la murette d'une propriétaire et qu'il faudra certainement envisager une destruction. À la charge bien sûr de l'entreprise qui déploie, solutions30. Il se trouve que la faute à pas de chances, le poteau se trouve sur une allée commune à ma copropriété et à la copropriété voisine. La faute vraiment à pas de chance, le propriétaire appartient à la copropriété voisine. Les deux syndics ont mis trois ans à se renvoyer la balle. Entre les problèmes de santé du mien et le départ à la retraite non annoncé de l'autre, l'affaire est restée en stand by. Quand l'an dernier au mois de mars je vous racontais le déploiement de la fibre dans mon actuelle maison, la copropriété n'a pas pu faire partie du lot.
J'ai donc repris le dossier et j'ai réussi à avoir la personne contact chez solutions30. Trois jours pour me faire rappeler, j'ai le 06. Une jeune femme sympa qui est plutôt contente de savoir que quelqu'un est sur place, qu'il comprend le problème et qui veut aider. Mardi, ils se déplacent sur site et reprennent les plans où ils en étaient restés. La première bonne nouvelle c'est qu'ils vont casser la copro en deux parties. La partie dans laquelle je vis sera la première, les travaux sont facilement réalisables. On arrive au fameux poteau et coup de bol, le voisin fait des travaux complètement par hasard, on réussit à trouver le nom et le téléphone du copropriétaire alors que tout le monde a échoué en trois ans.
Comme j'aime souvent à le rappeler. Je m'inquiète toujours du nombre de choses que j'arrive à solutionner et de l'incompétence des gens que je suis amené à croiser. Et le pire, vous noterez, qu'il ne s'agit pas de problèmes avec les pouvoirs publics mais bien avec des entreprises privées qui sont payées pour exécuter des tâches. Pour paraphraser Roger Gicquel, c'est pas la France a peur mais la France fait peur.
Attention, âmes sensibles s'abstenir, tout le monde n'est pas à l'aise avec la mort. Cela fait désormais 10 jours que je suis à la maison, mes élèves de troisièmes sont en stage. J'avais une to do list monumentale à accomplir qui me rappelle encore que quand tu enseignes, tu attends d'être en vacances pour faire les choses. Que ce temps qui était prévu pour le repos est précieux, par contre pour le repos, on repassera.
Dans notre épisode précédent où il était question de résilience, j'expliquais que je parlais sépulture avec un vendeur. Il se trouve qu'au moment où j'écris ces lignes, l'enseigne de pompe funèbre plutôt renommée dans mon village jusqu'au Biterrois n'a toujours pas trouvé le temps de me répondre. Il semblerait qu'on meurt beaucoup en ce moment et il apparaît logique de se focaliser sur les enterrements. Un mort qui est mort depuis deux ans peut attendre. Après, je dois vous reconnaître que c'est quelque chose qui me dépasse. Il s'agit d'une opération classique, je ne suis pas le seul à la demander, j'en déduis que c'est l'histoire de cinq minutes. Quand je me dis que je réponds à tous les parents en moins de 24 heures quoi qu'il arrive, je suis particulièrement interpellé par ces boîtes privées.
Donc, dans la semaine, j'ai commencé à faire le tour des pompes funèbres du secteur. J'ai envoyé un message à la société qui a fait les obsèques, pas de réponse, au marbrier, pas de réponse. La mort est un business comme les autres, l'empathie, je pense qu'on l'a perdue quand on a fait les premières funérailles, c'est toujours la première fois la plus dure. J'ai fini par étendre le secteur et je suis tombé sur quelqu'un qui m'a dit qu'il faisait le devis dans la journée. Effectivement, le devis est arrivé 1500€. 1500€ pour retirer des graviers, retirer un géotextile, remettre de la terre, remettre un géotextile, remettre les graviers. 1500€. Je n'irai pas dire que la société joue sur la détresse des gens qui voient une opportunité de gagner de l'argent, je me contenterai de dire que 1500€ ça donne envie de changer de métier. À prestation égale une autre entreprise après deux relances a fini par se réveiller, 400€. 1100€ d'écart pour la même prestation, c'est quand même une dinguerie, ce qui montre qu'il est important en toute situation de ronger son frein et de faire des devis.
Durant une période un peu désespérée puisque j'ai obtenu les premiers devis hier soir soit 10 jours après mes premières démarches, j'ai élargi à d'autres sociétés, des paysagistes par exemple. Si on fait abstraction du cadre, une pierre tombale, ça reste quand même un terrain pour lequel on met du gravier et du géotextile. Je suis tombé sur un jeune qui a une société de nettoyage et qui s'est diversifié dans le nettoyage de tombe. Il n'a donc jamais fait l'opération. Il se trouve que le garçon est le seul à s'être déplacé sur la tombe pour voir. Alors malgré son inexpérience et parce que j'ai toujours fonctionné comme ça dans ma vie, c'est à lui que je fais confiance.
On ne vit peut-être pas totalement dans un monde de merde.
Il y a des moments dans la vie que tu sens passer plus que d'autres. J'ai du mal à me remettre des vacances de Noël, comme toutes les vacances de Noël. Du monde, trop de nourriture, trop de table. C'était donc une rentrée fatigué, et j'attendais avec impatience de finir cette semaine. Il se trouve que pour rajouter de la fatigue à la fatigue, c'est la semaine des conseils de classe. Des journées qui commencent tôt et qui finissent tard. Pour rajouter à une situation plutôt pénible, les inondations dans l'Aude c'est une des nombreuses cerises sur le gâteau. Partir à 6h du matin pour rentrer à 20h, faire 2h30 de route par jour, on croirait un parisien. Le corps encaisse.
Jeudi, j'ai l'autorisation de rentrer après mon dernier cours pour faire mes deux derniers conseils de classe en visio conférence. On sent qu'on approche de la fin du phénomène climatique, j'approche du weekend et des deux semaines de stage de mes élèves. Deux semaines de repos où je vais être seul le gros du temps et j'ai réellement besoin au moment où j'écris ces lignes de me retrouver seul. Seulement, je profite de ce moment de répit avant d'attaquer ma visio pour faire un tour au cimetière car je sais qu'il va y avoir un problème. La dernière fois que j'étais allé au cimetière j'étais tombé sur une de mes voisines, la tombe de ses parents. Avec son frère ils ont fait le même choix que nous, pas de caveau, des graviers blancs pour couvrir la tombe. Elle m'expliquait que sa mère ne voulait pas rester enfermée, j'ai souri. Pour nous, c'était une question de gaieté, le soleil sur le blanc c'est plus sympa qu'un marbre. Elle me montre donc un enfoncement de certaines tombes, ces fameuses tombes à gravier. Celle de mon fils n'avait pas bougé.
Seulement, avec les fortes pluies et avec un enterrement qui date d'il y a moins de deux ans, la terre n'était pas tassée, il faut dix ans environ. Le phénomène est assez similaire, on voit que ça creuse à l'endroit où le cercueil a été enterré. Le vendredi avant de pouvoir attaquer mon weekend, je fais un détour par l'entreprise de pompes funèbres du village. J'attends un devis. Discuter couleur de gravier pour une tombe, si vous trouvez un sens à la vie, je vous félicite.
Comme bien sûr les problèmes n'arrivent jamais seuls, je reçois un courrier de ma banque pour me signaler une nouvelle erreur sur l'avenant de changement d'assurance du crédit. Cela fait six fois que je refais ce document, avec à l'origine une erreur de la banque. C'est assez formidable. La banque a une application de signature électronique qui plante et c'est ici que la machine s'emballe. Alors que c'est la faute de la banque, on vous envoie un courrier pour vous dire qu'il manque une signature. On renvoie le papier et pour une raison qui vous échappe on vous dit que c'est l'autre signature, puis c'est la date. Je charge mon épouse dans la voiture et on finit chez le banquier. Après avoir menacé d'aller chez le médiateur, de l'avoir moisi, le pauvre jeune me voit dans la salle d'attente, je vois son visage changer de couleur. Il m'accueille, je lui mets le papier complété sous ses yeux et je lui dis de me mettre les dates. Il appelle le service, car il est malheureusement logé à la même enseigne que moi et finit par avoir une plateforme qui lui donne des dates que je n'aurais pas inventées. Le document partira lundi pour la septième fois.
Ce samedi matin à 7h, je pars chercher le vinyle chez mon ami pour le sol de l'étage, il avait un mois de retard. On arrive avec la remorque et pendant qu'on décharge, c'est le déluge, un déluge qui n'arrête pas et qui laisse supposer qu'on va tendre à nouveau vers des inondations. Ma fille a eu la riche idée de partir un weekend au ski à Font-Romeu qui part en alerte entre la neige en haut qui n'en finit pas et la pluie ici qui n'en finit plus.
Alors comment je tiens ? Je pense que je tiens parce que je suis taillé dans ce modèle qui lorsqu'il cassera ça sera pour de bon. Je tiens parce que j'applique la méthode des petits pas en résolvant chaque problème le plus rapidement possible dès qu'il arrive. À chaque fois qu'un problème de plus arrive, je me dis qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que j'explose mais curieusement ça continue de cumuler et ça passe. Pourvu que ça dure. La solidité, pas les problèmes.
Ma dernière inspection datait d'il y a 13 ans. Il faut savoir que je suis contractuel de l'état et pas fonctionnaire, un CDI avec le ministère de l'Agriculture. Le fonctionnement est basé de la façon suivante. Vous avez un contrat qui est validé par l'inspection, vous êtes en catégorie 3. C'est pour vous montrer que vous n'avez pas réussi le concours et que vous êtes un sous prof. Vous avez au bout d'un certain nombre d'années une nouvelle inspection qui vous permet le changement de catégorie pour être aligné sur la même grille que les profs "normaux". À l'époque, j'étais en plein dans les travaux de la maison et je dois reconnaître que j'ai pris l'inspection tranquille. L'inspecteur de l'époque, son nom se prononçait "pas cool". Ça ne s'invente pas. Des inspecteurs de l'époque. Ma première inspectrice expliquait que les élèves, c'était comme des chevaux et qu'il fallait tenir fort la bride en début d'année scolaire pour relâcher un peu. Vous imaginez la dimension pédagogique, l'humanité, l'amour des enfants. Après cette première inspection catastrophique j'avais pensé arrêter le métier.
Cette inspection pour le changement de catégorie, j'étais effectivement tranquille. Une classe d'un niveau catastrophique, un épuisement des travaux, un inspecteur difficile. Je m'étais même arrêté au milieu de mon cours pour lui demander s'il restait manger à midi. Il faut dire qu'à l'époque, plus de 10 ans de métier derrière moi, des centaines de copies d'examens corrigées, il aurait été difficile pour lui d'avouer une défaillance.
Nous nous retrouvons donc la semaine dernière avec un fonctionnement calé sur nos collègues de l'éducation nationale. J'avais raté le rendez-vous de carrière car j'étais trop avancé dans l'échelon au moment de la mise en place de la réforme. Je suis épuisé, je travaille environ sept jours sur sept avec les travaux et ici encore je sais que je ne vais rien révolutionner. Le seul enjeu, c'est de gagner six mois sur sa carrière, tout n'est finalement que fierté. S'entendre dire qu'on a bien travaillé à l'école, on a dû mal à en sortir. En fait, plus que la fierté c'est le fameux syndrome de l'imposteur. Si on a quand même la vague idée qu'on ne fait pas n'importe quoi, la validation d'un professionnel, du juge, c'est tout de même bien de l'avoir.
Je me rends compte que j'ai pris un coup de vieux, l'inspectrice est plus jeune que moi. J'ai enseigné une heure avant, elle m'attend, c'est aussi une question de respect pour mes élèves, faire cours. Je rentre, je la présente, j'avais informé les enfants quelques jours avant en leur disant qu'il fallait faire comme d'habitude. Ma collègue de français rentre, elle a oublié quelque chose et prend son temps pour le retrouver. Elle reviendra en fin d'heure. J'ai pris le temps plus tard de lui expliquer la vie en lui disant que s'il s'agissait d'une contractualisation, cela aurait pu être un stress supplémentaire pour un jeune enseignant. Elle a eu du mal à comprendre, elle m'a expliqué que j'étais arrivé trop tôt dans la pièce. On comprend que le vivre ensemble, c'est compliqué. On tape à la porte, c'est une élève de CAP qui demande un balai. J'ai pensé à mes collègues qui me faisaient une blague. Une ancienne élève à moi qui me demande si je sais où en trouver un et elle finit par se plaindre de ne pas trouver de balai dans l'établissement.
Les enfants sont tendus, je me comporte comme d'habitude. Les pieds de la chaise, la posture affalée, une plaisanterie quand la réponse est catastrophique, je réexplique cinquante fois. Les enfants sont tendus, la peur de donner une mauvaise réponse, comme si finalement j'étais responsable de leur petit niveau. J'avais pris le soin de leur préciser que j'étais responsable de la pédagogie, de la tenue de la classe, mais en aucun cas de leur manque de travail et de leur éducation. Le fait qu'ils soient tendus, c'est qu'ils m'aiment bien. La volonté de bien faire. Au fur et à mesure que l'heure passe, les élèves se détendent, ils iront jusqu'à me demander de faire un goûter. J'ai fait remarquer que c'était bien essayé, mais que moi l'esprit de Noël, c'était l'exercice 1 et 2.
Sans surprise l'entretien s'est bien déroulé, l'inspectrice a salué mon énergie, savant mélange de caféine et de nervosité dans cette période de ma vie encore un peu plus complexe que d'habitude.
Nous sommes le premier jour des vacances, je regarde une série télé comme un zombie en pointant les promotions Steam. Elle est partie l'énergie.
Je suis plutôt discret ces derniers temps, il faut dire que j'ai récupéré les clés de la nouvelle maison depuis le 1er octobre. J'avais décidé de ne pas faire d'article sur restez-curieux mais face à la dimension bornienne du chantier, je pense que c'est intéressant. Pas seulement les travaux d'ailleurs avec une fuite de 7 m3 déclarée le premier jour pour réaliser une tranchée pour le nouveau réseau, mais aussi le montage financier. Je trouve que c'est pertinent finalement en essayant un peu de le rendre sérieux, ça peut faire du billet dans lequel on peut puiser quelques informations.
Les derniers grands travaux, c'était il y a douze ans, j'ai racheté un marteau-piqueur Titan de chez bricodepot, j'en avais passé deux à l'époque. L'inflation est passée par là, 30€ de plus en douze ans. C'est palpable pour tout, je pense à la jeunesse, aux primos accédants, la propriété va devenir de l'ordre du mythe.
Ce qu'on perd en force physique même si pour l'instant, je suis plutôt dans la pente ascendante, je retrouve des capacités, on le compense largement dans le mental et dans l'expérience. On sait où on va, on sait globalement ce qu'on a à faire, on est mieux préparé et plus riche, ce qui permet de passer par des artisans. La richesse reste toutefois relative, mais je l'aborderai en détail sur le blog.
Avec l'arrivée des vacances de la Toussaint, il y a deux semaines pour mettre un grand coup, au moment où j'écris ces lignes, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas d'électricité, mais des branchements d'éclairage sur un domino avec le frigo, je ne peux pas vraiment appeler ça "secure", ce qui est certain c'est qu'il n'y a pas d'eau.
Je rassure la fan base du lectorat, il y aura des évacuations d'eau et des trappes à caca. Comment pourrait-il en être autrement ?
S'il fallait tout recommencer avec l'expérience qu'on a acquise, il y a beaucoup de choses que je ferai différemment. Un second tour, une nouvelle partie comme dans un jeu vidéo pour faire mieux, die and retry, mais ça ne marche pas comme ça. Un seul tour pour faire au mieux, comme on peut. Cela peut paraître anodin face à la masse de mes regrets, mais vous ne pouvez pas imaginer comme je regrette le temps perdu avec des gens qui n'en valaient pas la peine. Le terme est un peu lourd, il pourrait paraître méprisant, mais c'est mon ressenti.
C'est bientôt la rentrée scolaire et ce qui m'écœure certainement le plus, bien plus que de reprendre le travail, c'est la posture de mes collègues. On a l'impression qu'on s'est manqué, qu'on a des tas de choses à se dire, que nous sommes amis alors que pourtant nous n'en avons absolument rien à foutre de manière purement objective. C'est une injonction supplémentaire de la société, faire semblant de s'intéresser. Moi, personnellement, la seule chose qui m'intéresse, c'est de parler boulot, et d'ailleurs au risque de paraître impoli, je ne demande rien, si ce n'est des informations quant au travail à venir. Car en fin de compte si j'avais vraiment voulu des nouvelles, si j'avais réellement un intérêt pour leur vie, est-ce que j'aurais laissé un blanc de deux mois, un silence radio ? Non, eux non plus, mais il paraîtrait que cette logique soit bancale dans notre monde dans lequel seules les apparences comptent.
Je n'ai eu de contact qu'avec des gens par WhatsApp, par téléphone ou en face à face. Les gens que je voulais voir physiquement étaient au mariage de ma fille, ou ils ne pouvaient pas l'être, mais j'ai eu des nouvelles de façon régulière. Mon téléphone est plein de numéro de mes collègues, je n'ai pas écrit, pas appelé, car ils ne sont pas des amis pour moi.
On se rend compte que les réseaux sociaux, sont quand même une plaie de l'esprit. Je crois que c'est le premier été que je passe depuis une éternité sans réseaux, je ne compte pas Mastodon qui tient plus du flux RSS que du réseau social. Je regrette par exemple d'avoir perdu du temps sur les réseaux avec mes anciens élèves. Si effectivement, on a la satisfaction d'avoir des nouvelles de temps en temps, de savoir qu'ils ont réussi à s'intégrer dans la société, qu'on a contribué à poser notre petite pierre à l'édifice de leur humanité, est-ce que nous sommes amis pour autant ? Non.
À quoi bon suivre la vie des gens de loin ? À rien. Un ami, on partage, on s'appelle, on mange ensemble, on connaît ses peines et ses joies, on ne s'informe pas d'un coin d'écran en même temps que la publicité, les actus, ou le dernier produit à la mode.
Le gouvernement est bien trop laxiste, les réseaux, c'est pire que Matrix, en sortir c'est prendre la bonne pilule et personne ne nous aide à le faire. C'est un choix personnel issu d'expériences qu'il faut vivre pour se rendre compte que c'est de la merde. Le mieux c'est un peu comme la cigarette, ne jamais commencer.
Ceux qui se rappellent un peu ma vie se souviendront que j'ai acheté il y a douze ans une ruine. La maison avait été squattée, c'était une expérience un peu folle, une inspection, des travaux. Nous avions acheté une maison à 200 mètres de la plage sur trois niveaux. À cette époque, quand papa et maman descendaient de la région parisienne en 4L, ils mettaient la voiture au rez-de-chaussée puis grimpaient à l'étage. Nous avons transformé le garage en salon cuisine, et tout changé, c'était le premier adieu au garage. À vivre à quatre sous le même toit, le besoin de stockage était nécessaire. Les outils, des affaires d'hiver, et le reste.
Notre nature est ainsi faite, une nature qui a horreur du vide, le garage sert à cacher cet objet qu'on ne saurait voir. Il permet d'éviter la culpabilité de ces objets achetés pour rien. De mon côté, je dois reconnaître que je n'ai pas grand-chose à me reprocher. Par contre, ma femme et ma fille, c'est autre chose. Ma fille qui vient de quitter la maison pour prendre son appartement était avertie, tu pars avec tout. Tes poupées de ton enfance, tes cours de cinquième et le reste. Son mari est ravi, il n'a pas pu poser l'intégralité de ses affaires que c'était déjà plein. Mon épouse, professeur des écoles, la profession dans laquelle le rouleau de papier toilette peut devenir un cadeau de Noël, un cadeau de merde de plus, désolé, c'est pour le bon mot, a quant à elle accumulé beaucoup, au cas où. Le fameux au cas où, ça pourrait servir, on pourrait en avoir besoin.
Avec le déménagement qui avance pour aller dans la prochaine ruine, nous avons vendu le garage sans passer d'annonce. C'est dire le manque sur mon village, on a signifié à quelques personnes de notre entourage que nous partions, quatre propositions pour le garage. Ils iront à leur tour entasser des choses qu'ils n'utiliseront jamais, à l'abri de la culpabilité de l'achat compulsif.
La vente du garage est fondamentale, c'est elle qui va financer une partie des travaux. Comme je pense que j'aurais vendu le garage avant d'avoir la maison, j'ai tout transféré dans l'ancienne chambre de ma fille... Deux étages. Le défilé de l'inutile qu'il faudra redescendre pour ramener dans la nouvelle maison. Faire et défaire, l'histoire de ma vie.


Mon meilleur ami me racontait à la suite de son infarctus qu'il y avait beaucoup de gens qui ne lui parlaient plus ou qui l'évitaient car les gens avaient la sensation que c'est contagieux. Du fait de ne pas avoir changé ma relation avec lui, à part être davantage pénible sur sa consommation de cigarettes, je n'ai pas compris ce qu'il voulait dire. Avec la mort d'un enfant, j'ai tout compris. Dans le top cinq des catastrophes qui peuvent frapper une famille, la mort de l'enfant arrive en pôle position, on peut difficilement faire pire. C'est faux. Quand on commence à comprendre l'humain, qu'on regarde un peu, on comprend qu'il n'y a pas de petites douleurs, il y a simplement la manière de la vivre. J'ai des amis de soixante ans qui perdent un parent, la douleur est profonde, à vif. Alors effectivement quand on perd un enfant, il y a cette notion d'ordre des choses, d'anomalie qui fait penser que c'est plus dur à encaisser. Ce n'est pas totalement faux, mais peut-être le plus difficile à prendre c'est la connerie des gens.
J'ai repris le travail directement et j'ai adopté une posture qui a soulagé tout le monde. La normalité. Les élèves avaient peur que je ne finisse pas l'année scolaire, certains collègues me fuyaient en me voyant arriver, la peur de la contagion. En ayant le comportement que tout le monde attend, cela a été un soulagement pour tout le monde. Si vous saviez le nombre de personnes que j'ai pu consoler et le nombre de conneries que j'ai pu entendre. Car en fin de compte, tout le monde a un avis sur tout, croit vous comprendre et se permet de vous faire partager sa réflexion comme si les mots pouvaient changer quelque chose. Je me permets de vous offrir ce conseil, pour l'avoir vécu du mauvais côté de la barrière, parfois il vaut mieux fermer sa gueule que de se sentir inspiré.
Lorsque ma fille a annoncé son mariage, et que ça a fuité sur mon établissement scolaire, j'ai entendu des choses extraordinaires. Des gens qui ne connaissent pas ma fille et qui m'expliquent que c'est sa façon à elle de tourner la page, de passer à autre chose. S'il y a bien quelque chose que je dois reconnaître à mon gendre, c'est le romantisme. Ça tombe bien, avec ma fille, il en faut pour deux. Un genou à terre dans le sable à cent mètres de chez nous, une photographe professionnelle pour prendre les clichés, est-ce qu'elle aurait pu dire non ?
Ma fille m'impressionne, je ne dis pas ça parce que c'est ma fille, mais de manière purement factuelle. Un jour j'ai dit à mon gendre qu'elle avait une paire bien plus grosse que nous tous réunis, j'ai souri quand dans ses vœux il a dit que c'était un bonhomme. Adoptée à l'âge de quatre ans, pour apprendre la mort de son frère seul lien biologique une semaine après avoir fêté ses 19 ans. Je l'ai vue faire son DEUST tout en préparant son mariage, toujours avec le sourire, jamais déprimée. Je crois que le mot survivante, s'applique à la perfection. Durant toute la journée de son mariage, pas un moment de stress, nous étions encore en train de faire des plaisanteries à deux balles alors que nous étions les derniers à rentrer à l'église. Le jour où la soupape va lâcher, je pense que ce sera la plus grande explosion de cosmo-énergie jamais vue même chez les chevaliers d'or.
Dans la tête des gens, l'annonce de ce mariage était une bonne nouvelle, une manière de passer à autre chose. Les gens ont eu beaucoup de mal à comprendre ma posture, me voir traiter la chose comme un événement, car effectivement ça n'est qu'un événement. J'aime malaiser les gens quand ils sont stupides, c'est un peu donneur de leçon mais si on ne fait rien, ils seront convaincus d'avoir fait ce qu'il fallait faire, dire ce qu'il fallait dire. J'ai souvent pris la comparaison suivante. Demain on t'annonce que tu as un cancer et qu'il te reste quelques mois à vivre. Le lendemain on t'annonce que tu viens de gagner un million d'euros. Tu es heureux. La personne en face, me répond de façon évidente non, l'argent ne va pas compenser ma mort. Je réponds avec insistance, si tu es heureux. Et d'un coup, la petite lumière s'éveille, traverse la couche grasse de maladresse et finit par arriver au cerveau. Tu viens d'enterrer ton fils il y a un peu plus de un an dans des conditions particulièrement brutales, le mariage de ta fille n'annule pas cet abîme de tristesse dans lequel tu es plongé.
Ma fille était bien sûr au courant de la situation pour la vivre aux premières loges, mon gendre aussi. Pourtant, nous avons tenu le cap jusqu'au bout en participant de façon particulièrement active à toute l'organisation jusqu'à se faire le nettoyage à deux quand tout le monde est parti. Nous arrivons avec mon épouse à 25 ans de mariage, et ma fille actrice et spectatrice de nos vies sait que les apparences, les fêtes, ce n'est pas pour nous. Elle sait aussi que ce n'est qu'une journée et que passées les paillettes et les lumières, il reste le quotidien : la maladie, les difficultés, la souffrance, un sacré merdier avec quelques éclaircies.
Alors non, je n'ai pas lâché ma larme en voyant ma fille en robe de mariée. Le souvenir qu'aura ma fille, c'était son père dans le magasin de robes avec elle pour faire remarquer à la vendeuse que tel modèle lui faisait penser aux napperons de son enfance ou que tel autre dans un mariage religieux pourrait poser quelques problèmes de moralité.
Sur le livre d'or, j'ai noté "ça c'est fait", ce qui va me permettre de me concentrer sur la suite, l'achat de ma maison pour mes vieux jours. Car comme on le disait avec mon épouse, si on le fait pas l'année des 50 ans, c'est pas aux 60 qu'on va le faire. Surtout qu'on a encore acheté une ruine et qu'il va falloir tout casser à l'intérieur. Pour les fans de la première heure, j'ai déjà localisé la trappe à caca, c'est aussi ça vieillir, gagner en expérience.
Le 12 juillet de cette année, alors qu'il y avait un véritable déluge sur le sud de la France, je fêtais mes cinquante ans dans l'indifférence générale ou presque. L’absence de réseaux sociaux, seuls les vrais savaient. Les gens m'ont demandé si je ne faisais pas quelque chose, car les comptes ronds font peut-être les bons amis, parce qu'il faut célébrer certaines dates. Il faut. Nos vies se résument à ceci, il faut. L'injonction.
Je n'ai jamais été fan des anniversaires. Ceux qui me lisent depuis quelques décennies, se rappelleront que j'adoptais par exemple mes enfants en plein milieu de mon anniversaire en Lettonie ou que j'étais dans un de mes nombreux camions de déménagement. Un jour comme un autre. Il faut reconnaître toutefois que la mort de mon fils a rendu des jours que je n'appréciais pas en jours insupportables. La fête des pères, Noël, mon anniversaire, quel goût, quelle importance quand il vous manque un enfant ?
Tout ce que pouvez lire sur le deuil je ne l'ai pas vécu. La fameuse sidération, celle à laquelle on ne peut pas croire, vous la balayez du revers de la main quand vous voyez le corps de votre fils sur un brancard. La colère, pourquoi faire, se lancer dans un procès contre son entreprise ne me rendra pas mon enfant. L'acceptation, de toute façon vous êtes devant le fait accompli, alors il faut faire avec. La mort cérébrale est quand même une belle cochonnerie, puisque c'est la seule durant laquelle on est forcé de demander aux proches. Le système médical français, je pourrais en faire un long pavé pour vous raconter la catastrophe que nous avons vécu. Accueillis dans une petite salle avec de la toile de verre dans laquelle on a essayé de mettre de la couleur, on sait que c'est la salle des mauvaises nouvelles. Deux heures d'attente pour avoir un médecin qu'on comprend mal à l'aise et cette réponse qui restera gravée en moi jusqu'à la fin de ma vie. Est-ce qu'il est en vie ? Oui mais pour combien de temps. Six médecins qui viennent à votre rencontre dont des stagiaires comme des rapaces pour vous demander les organes. On sait qu'ils vont sauver des vies avec mais la déshumanisation du service face à la douleur de parents qui apprennent la mort de leur enfant de 21 ans, c'est le monde dans lequel on vit.
J'ai incendié de manière froide la cheffe de service, d'une façon tellement violente, que j'ai eu des appels durant six mois pour écouter. La dame a présenté ses excuses au nom du service pour essayer d'améliorer la prise en charge. En espérant que pour les prochains dans des moments si catastrophique, l'hôpital ne rajoute pas de l'insupportable à l'insoutenable.
J'ai donc fêté mes cinquante ans, je vis avec ce traumatisme et il faudra vivre avec jusqu'à la fin de mes jours. Du deuil en fin de compte, il ne reste que les regrets, de toute évidence pour les choses qu'on n'a pas dites, qu'on n'a pas faites et le poids de l'absence.
J'écris ces lignes d'un jet comme je l'ai toujours fait, un peu moins de deux heures avant d'aller marier ma fille. On se retrouve au prochain épisode.
Je fais le constat que tout est de plus en plus compliqué dans le quotidien ce qui en fin de compte incite à en faire le moins possible. En effet, moins tu fais de choses, moins tu as de risque. Il ne faut pas chercher bien loin pourquoi la France ne fonctionne pas. J'en suis à ma énième coupure du fibre chez SFR, si jusqu'à maintenant on pouvait pointer du doigt l'origine des problèmes qui étaient collectifs comme le gros orage ou la coupure d'électricité massive, aujourd'hui mon cas est isolé. C'est l'intérêt d'avoir ma voisine qui est aussi chez le même opérateur, on peut savoir si on est planté en même temps. Je suspecte un de mes voisins d'avoir fait son raccordement dans la journée d'hier et le technicien de fin de chaîne d'être à l'origine du problème. J'attends donc un technicien que j'espère qualifié mais malheureusement j'en doute, qui va apporter une résolution à mon problème.
Ma fille s'est fait rentrer dedans en mai 2025 par un monsieur de 84 ans. J'ai regardé son CV parce que j'étais étonné par la date de naissance, ancien journaliste, pionnier du film moto. Il semblerait qu'il soit resté dans cette dynamique, ça préserve, et grille les stops du village. L'expert passe et fait un premier devis, en ouvrant mon garage demande à changer aussi une traverse. L'expert valide. Sauf que l'expert n'a pas transmis à l'assurance si bien qu'il y a un décalage entre la facture finale et la facture initiale qui bloque le remboursement de 1700€ tout de même.
On réfléchit beaucoup en ce moment sur les arrêts maladies, sur la diminution du nombre de jours fériés, mais en fin de compte on ne s'interroge jamais sur notre qualité de travail, l'opacité informatique, la complexité du monde d'aujourd'hui. Je suis atterré pour ma part de constater le combat ordinaire, où l'on prend conscience que tout est complexe par les difficultés administratives ou par l'incompétence générale.
J'ai reçu pas mal de messages me demandant si tout allait bien puisque je vis à proximité de Narbonne. Pour l'instant mon secteur n'est absolument pas touché et il est plutôt éloigné de l'incendie. En gros pour avoir le feu chez moi, il faudrait que Narbonne soit rasée et que le feu traverse le massif de la Clape. Il apparaît que le problème des incendies est "réglé" depuis que chaque été le massif de la Clape est fermé.
De là à voir une cause à effet entre les incendies et les abrutis, il n'y a qu'un pas que je franchis.
Après avoir essayé Pixelfed pendant plusieurs semaines j'ai supprimé mon compte. Le réseau social fait le job mais j'y retrouve le même problème que sur Instagram, l'addiction en moins. Concrètement je n'apprends rien, je poste peu, je ne suis pas un artiste et surtout je poste principalement des photos de mes chattes. Moralité, autant respecter la tradition du caturday sur Mastodon. Ce ne sera pas une grande perte pour moi et pour les autres.
J'avais fait le choix pour faciliter ma veille de m'abonner directement à la "rivière". Si vous suivez mon Shaarli, je suppose que tout le monde sait de quoi je parle, un Shaarli qui agrège d'autres Shaarli. Avec du recul, je suis assez partagé sur le concept et je vais revenir à des shaarlis de façon individuelle. Pourquoi ? Je vois des gens qui se répondent et je suis assez perplexe sur l'usage. J'ai même vu des gens qui s'insultaient. Des gens mettent des liens en anglais souvent très techniques. Des gens mettent de véritables pavés, des articles de blog pour ainsi dire. À la rigueur, sur ce point, on peut considérer que c'est un choix de technologie plutôt que de prendre un WordPress. En soi, d'ailleurs, c'est aller au fondamental, même si ce n'est pas le plus pratique. De l'autre, des gens qui mettent des liens sans description, sans explication.
Il ne s'agit pas de remettre en compte le concept qui permet de découvrir de nombreux shaarlis. C'est simplement rappeler que chacun dans shaarli voit une utilisation très personnelle qui va du partage brut de lien à l'article de blog.
Le cimetière après la fête des morts est devenu tellement fleuri qu'on se serait cru à Interflora. Chez nous, ça a été la tempête, j'ai envie de dire que c'est presque du pléonasme quand on connaît l'Aude. On s'imagine que les gens vont penser qu'il faudrait peut-être passer remettre les fleurs en place. Dans le cimetière, deux vieux qui s'affairent et moi qui profite pour redresser la moitié des pots tombés. La Saint-Valentin, la fête des Mères, Noël, la journée de la femme ou la Toussaint, c'est même combat. Ce qui compte, c'est de marquer le coup, montrer qu'on y était.
Ou plutôt 17 puisque je contrôle le flux de restez-curieux et des brèves. Je triche sur un Facebook pour suivre mon association des chats. J'ai encore fait le ménage dans mes flux, j'arrête par exemple de suivre Linuxfr que je suivais par tradition. Entre ceux qui n'écrivent plus, les sites qui ont basculé dans le payant, difficile désormais de s'informer de façon indépendante et gratuite.
Je vous raconte une petite histoire en lien avec le transpondeur. Après avoir fait le plein d'essence, je me retrouve dans l'impossibilité de démarrer mon Némo qui date de plus de 10 ans. Un cadenas orange apparaît sur le tableau de bord que je n'ai jamais vu. La voiture finit par redémarrer. Le phénomène qui était aléatoire devient régulier. Je sais que cela ne vient pas de la voiture, car la seconde clé fonctionne.
Le transpondeur est un dispositif totalement indépendant de la pile qui permet d'identifier votre clé. Il s'agit d'une simple bobine. Sur certaines clés de voiture, il se présente comme un petit bout de graphite noir, la bobine est à l'intérieur. Il faut d'ailleurs faire attention si vous changez la coque de ne pas le perdre.
J'appelle mon garagiste qui me dit qu'il ne fait pas les clés et me renvoie vers un de ses collègues. Il me précise qu'il n'est pas facile. J'ai le monsieur au téléphone qui m'explique sans connaître mon véhicule que c'est 200€ car il faut changer l'intégralité de la clé. C'est complètement faux. La centralisation et le transpondeur sont deux circuits entièrement séparés.
Je passe par hasard la porte d'un cordonnier de Narbonne. Il fait le test devant moi et me confirme que le transpondeur est mort. Il me propose de retirer l'ancien transpondeur et d'en mettre un nouveau. Coût de l'opération 38€.
La morale de l'histoire, c'est qu'il est toujours intéressant, sans nécessairement procéder à la réparation soi-même, d'au moins comprendre sa panne et de trouver une fourchette de prix pour la réparation. Entre 150€ et 200€ c'est le prix de la clé complète chez le concessionnaire.
Il est à noter qu'une autre solution existe, si vous tapez "antidémarrage" sur Amazon par exemple, vous aurez des boîtiers qui permettent de désactiver l'antidémarrage de la voiture de façon définitive. Bien sûr, les sites qui expliquent l'usage de ces boîtiers expliquent qu'en cas de vol, l'assurance ne prendrait rien en charge. On peut s'interroger quant à la légalité du dispositif, et de la possibilité d'expliquer que c'est le voleur qui a appliqué l'antidémarrage.